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Discours du président de l’IASB : « les temps changent »


Le 18 septembre 2017, le Président de l’IASB, Hans Hoogervorst, a confirmé lors d’un discours à Bruxelles que le rapport financier va continuer à être le point d’ancrage pour les investisseurs dans leur évaluation des entreprises. En même temps, il a indiqué que le rapport financier et les travaux de l’IASB devront évoluer de sorte que les IFRS continuent à répondre aux besoins du marché.

Introduction

Hans Hoogervorst indique que les états financiers ne sont pas toujours source de sagesse pour les investisseurs. Et pour illustrer son propos, il prend l'exemple du constructeur de voitures électriques Tesla. 

Cette société a toujours perdu de l’argent depuis qu’elle s’est introduite en bourse en 2010, consommant 7 milliards de trésorerie. Et pourtant, la valeur de marché a atteint un montant énorme de 50 milliards. Elle a même dépassé celle de General Motors, qui vendait 100 fois plus de voitures que Tesla et était profitable.

Cet exemple montre que les investisseurs ne se contentent pas d'examiner le compte de résultat et le bilan pour prendre leurs décisions d'investissement. De toute évidence, les investisseurs nourrissent de très grands espoirs en l'avenir de Tesla. Ils fondent leurs espoirs sur ses actifs immatériels : ses prouesses technologiques, son business model  qui combine la production de voitures électriques et de batteries. Or ces actifs incorporels ne sont pas pris en compte dans le bilan, de sorte que dans le cas de Tesla, les montants figurant dans les états financiers jouent probablement un rôle limité dans l'évaluation de la valeur actuelle de l'entreprise. 

Le cas de Tesla est peut-être un cas extrême, mais il montre la tendance actuelle conduisant à un fossé de plus en plus grand entre les valeurs comptables et les valeurs de marché. Etant donné le rôle croissant des technologies dans l’économie mondiale, ceci n’est pas surprenant. Mais que cela signifie-t-il pour la pertinence de l'information financière ?

Il se passe d’autres choses dans le monde du reporting financier. Les entreprises fournissent de plus en plus d’informations non-financières (essentiellement des informations RSE) et cherchent une audience plus large que les seuls investisseurs. Une autre tendance largement observée est la croissance des données digitales disponibles et l’émergence de l’intelligence artificielle pour exploiter ces amas de données.

Ces évolutions créent des opportunités mais génèrent également de la confusion et des inquiétudes. Avec toutes ces informations, serons-nous encore capables de voir l’arbre qui cache la forêt ? Les rapports financiers ne deviennent-ils pas moins pertinents ? Qu’est-ce que l’avenir réserve aux normalisateurs comptables et à la profession comptable ?

Rester calme et poursuivre

A ces questions, Hans Hoogervorst indique être nullement inquiet.

D’une part, les rapports financiers sont fondamentalement (mais non exclusivement) rétrospectifs et constituent ainsi la preuve la plus concrète de la performance d’une entreprise. C’est aussi un point de départ vital pour toute projection de flux de trésorerie. Les états financiers resteront toujours un point de contrôle important de la réalité. Durant la bulle internet au début du siècle, l'augmentation absurde du cours de bourse rapporté aux bénéfices des start-ups de l'internet a conduit à alimenter un scepticisme sain qui s'est révélé être justifié. Des inquiétudes similaires existent aujourd'hui par rapport aux évaluations des géants technologiques de la Silicon Valley. Mais à la toute fin, toutes les créations de valeur doivent passer par les états financiers. Si cela prend trop de temps, le compte de résultat indiquera que les incorporels de l'entreprise ont pu s'évaporer dans l'air, sans doute sur le chemin de la planète mars. 

D’autre part, Hans Hoogervorst ne voit pas l’émergence du big data et de l’intelligence artificielle comme une menace pour la pertinence des normes comptables. Ils peuvent apporter des informations complémentaires utiles mais ne remplaceront pas les états financiers.

Une meilleure communication des rapport financiers

L’IASB doit dans un premier temps renforcer la pertinence des rapport financiers. Ainsi, le projet une « meilleure communication dans les rapport financiers » constitue le thème central de son agenda.

Mais l'IASB a toujours été conscient que le rapport financier au sens strict a ses limites. Il admet d'ailleurs dans le cadre conceptuel que le rapport financier à but général n'est pas conçu pour montrer la valeur d'une entreprise et que les utilisateurs ont également besoin d'autres sources d'information pour faire leurs estimations.

Les rapport intégrés

C’est précisément la conscience que les rapports financiers présentent des limites qui a conduit entre autres l’IASB à publier en 2010 un guide pratique sur le rapport de gestion du management.

L'IASB étudie actuellement la question de savoir s'il doit actualiser ce guide, pour y intégrer les dernières évolutions, et notamment les contraintes RSE qui ont un impact sur la création de valeur à long terme. Hans Hoogervorst pense qu'il le faudrait, que ce serait l'occasion de faire le lien entre les rapports financiers et les informations non financières et que cette connexion est essentielle pour le succès du reporting intégré.

Rapport environnemental, social et de gouvernance (ESG reporting)

Hans Hoogervorst note que l'essentiel des informations supplémentaires fournies provient des informations RSE. 

Le rapport 2015 "Core and More" de l'Accountancy Europe appelle à un leadership pour élaborer une norme internationale qui permettrait un même niveau de comparabilité des reportings ESG sur le plan mondial que le reporting financier et pose même la question de savoir si l'IASB ne pourrait pas prendre une part dans ce leadership.

Hans Hoogervorst pose alors de ce que l'IASB pourrait bien apporter.

L’IASB et des rapports d’entreprise plus larges

Hans Hoogervorst note que les différences entre le rapport financier et le reporting ESG ne sont pas si grandes. Les investisseurs sont de plus en plus sensibles au développement durable, qui a un impact croissant sur la profitabilité future et la valorisation d’une entreprise.

Mais l’IASB n’est pas équipé pour traiter directement le reporting ESG dans la mesure où son ADN est avant tout de traiter l’information financière pour les marchés financiers. Mais alors qui d'autre pourrait prendre le leadership et veiller à la surabondance d'information ? Hans Hoogervorst pense que cela devrait revenir à une autorité publique, par exemple l'Union européenne.

Parallèlement, une taxation appropriée des effets externes permettrait aux rapports financiers de refléter les activités durables des entreprises. Une taxe sur le kérosène pour le secteur aéronautique ou le carbone pour les industries polluantes permettrait aux états financiers de refléter le coût réel de ces activités. Ainsi, le reporting financier deviendrait un reporting durable...

Conclusion

Le monde idéal est encore loin. En attendant, nous devrons faire de notre mieux dans ce monde imparfait. L’IASB est prêt à s’adapter au monde changeant en augmentant l’efficacité de la communication des états financiers, en facilitant l’usage électronique des données financières et  en promouvant les reporting intégrés.

Enfin, Hans Hoogervorst espère avoir été clair sur ce que l’IASB pouvait ou ne pouvait pas faire pour apporter un peu plus de clarté dans ce monde imparfait.

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